“Passions et terrorismes intellectuels”…

23 05 2010

…autour de l’apprentissage des langues

Cette expression est de Jean Duverger, responsable de la formation d’enseignants dans les ecoles francaises a l’etranger.

Depuis quelques temps, je me stresse pose bp de questions sur l’apprentissage de la lecture pour Eliott qui va plonger en bain anglais a l’ecole en septembre. Dois-je « continuer » de lui apprendre, naturellement, a lire en francais a la maison ? Dois-je tout arreter de peur qu’il ne s’emmele avec l’apprentissage de la lecture en anglais ?

D’abord mettons les choses au clair : non, Eliott n’a pas encore 6 ans, mais pourtant nous sommes deja entre dans le processus -naturel- de l’apprentissage lecture/ecriture a la maison. Suite a la lecture et au decorticage de ses 2 livres :


Celui de Francoise Boulanger est extremement simple, tres abordable, plein d’idees pratiques. Celui de Marlene Martin est extremement interessant si on veut rentrer dans le detail… Connaitre l’histoire des methodes, l’analyse de l’apprentissage par le cerveau, bref il a une tres grosse partie theorique qui peut faire un peu peur au premier abord. Pour une approche simple et sans prise de tete, je conseillerais plutot « Lire a 3 ans, c’est tout naturel ». Pour ceux qui veulent aller + loin, « Apprendre a lire en famille ».

Et parce qu’Eliott est en pleine demande ! Qu’il lit les lettres sur les panneaux, les etiquettes, les portes… qu’il passe une bonne partie de son temps dans les livres, il adore ecrire et inventer des mots et noms de personnages et nous demande de les lui lire, bref, qu’il est dans un processus particulierement naturel, et que je serais bien bete de lui dire « Ah non Eliott, arrete, tu n’as pas 6 ans, tu attendras le CP pour apprendre a lire ! »

Depuis quelques semaines, je recherche donc avidemment sur internet des reponses a mes questions… Je ne trouve RIEN ! Sur les sites d’expat, d’enfants bilingues… RIEN. Sur un enfant francais, qui apprendrait a lire dans une ecole anglaise… Meme pas un temoignage. C’est desolant.

Jusqu’a ce que je tombe sur 2 articles de Jean Duverger !

* « Lire, apprendre, ecrire en 2 langues » colle a notre situation et repond a mes questions :

« On apprend mieux a lire avec 2 langues ». Ca commence bien pour moi… (ou pour Eliott en l’occurence).

On est loin aussi, finalement, des croyances et représentations actuelles d’une immense majorité des enseignants et parents d’élèves français qui continuent à penser que pour apprendre à lire « correctement », il ne faut utiliser qu’une seule langue, faute de quoi on expose l’enfant à des troubles neurologiques, des confusions mentales, des dyslexies en tous genres, ou au moins des retards dus aux « mélanges » de langues…

Mais alors pourquoi autant de resistances ? Oui, POURQUOI ?

En préalable,il est sans doute nécessaire de pointer une grande confusion autour du mot langue ; dans un pays donné, en France par exemple, il existe une langue officielle appelée le français ; cette langue française se décline en une langue orale française,une langue écrite française,mais aussi,ne l’oublions pas, une langue des signes française (LSF),ces trois langues étant des produits culturels français, très liées à la manière de découper le réel, de penser, de vivre dans le pays, avec toutes les variantes que l’on sait (…)

Pour le citoyen d’un pays comme la France, la langue est vécue comme un facteur d’identité nationale, elle apparaît indivisible, elle est une unité (les nationalismes, chauvinis- mes et autres concepts tels que la beauté de la langue natio- nale, voire son universalité ne sont pas ici innocents)

Jean Duverger denonce et critique le fait qu’on soit oblige de « passer » par l’oral pour aborder l’ecrit, et qu’il faut donc « « isoler » le code oral à traduire, l’épurer, l’éloigner des autres langues éventuellement présentes afin d’arriver rapidement (vers Noël si possible) à générer des petits élèves capables de transcrire, d’oraliser quelques « petites » phrases écrites, qu’elles soient porteuses de sens ou non… »

Ensuite il casse encore un peu : « on est encore très près de l’élitisme des dominants, de la rhétorique de la noblesse et son dernier avatar, le parisianisme pédant politico-journalistique. »

Allez, une petite derniere pour la route : « l’insuffisante analyse relative au statut de l’écrit due aux représentations archaïques de la notion de langue, les idéolo- gies nationalistes, l’obscurantisme religieux, le parisianisme universitaire et journalistique, les appétits commerciaux des éditeurs aboutissent à des pratiques scolaires alphabétisan- tes qui arrangent bien la plupart des enseignants… Tout le monde est content, tout le monde s’y retrouve. »

Malheureusement, l’illettrisme ne diminue pas dans notre pays, en dépit des surdoses des méthodologies alphabétiques préconisées par les gouvernants actuels ; les bons résultats ne sont pas au rendez vous… ça ne marche pas ; une proportion considérable (à quoi bon s’étriper sur les pourcentages) ne parvient pas à lire, c’est à dire à faire du sens avec de l’écrit… on obtient des déchiffreurs, des alphabétisés, dont une grande partie restera illettrée.

Il semblerait qu’a force de se battre avec de pures notions d’adultes, des luttes de pouvoir, des bagarres ideologiques comme des gamins a la recre, qui veulent tjs avoir raison, on oublie de voir le quotidien de milliers de familles bilingues, trilingues, et on oublie surtout de faire confiance a l’intelligence et a la grande malleabilite des enfants …! A leur « conscience graphique » dont parle Jean Duverger…

On SAIT que les langues s’apprennent bien + facilement avant 6/7 ans, alors pourquoi continue-t-on a ne pas proposer de reels cours de langues avant le college ???

Le developpement de la « conscience graphique » :

Dès le départ, l’enfant se rend compte que l’on peut dire les mêmes choses avec deux écrits différents. Mais il voit bien que ces écrits sont fondamentalement deux codes de même nature ; il observe des différences certes dans les formes, les courbes, les « dessins », les signes, mais beaucoup de ressemblances aussi, un ensemble de caractères communs, au niveau de l’utilisation de l’espace, des ponctuations, des accents (…)

La preuve en images : Eliott et sa passion des kanjis… Il aime « ecrire » l’arabe aussi. Il a tout de suite repere les formes recurrentes, les « dessins ». Et meme quand il « invente », on reconnait le style d’un kanji ou de la calligraphie arabe !

Avec son pere, en regardant le generique de fin de Kung Fu Panda : il a recopie les mots anglais (‘effects », « editorial », « layout », « animation », « facing », « modeling », « lighting » et les kanjis (ne comptez pas sur moi pour traduire, mais ce sont les noms des doubleurs)

(en rouge : Eliott, en bleu : Mr Doudou) -belle tortue, Mr Doudou-

Il y a là pour l’écrit un changement fondamental de statut, qui le déconnecte, qui l’arrache à son état de dépendance vis à vis de cet autre code, l’oral, avec lequel il a vraiment peu de points communs; il est important que tout ceci soit perçu très tôt par l’enfant, intériorisé, et un moyen efficace pour y parvenir est de répéter le plus souvent possible ce dispositif du « même texte écrit en deux langues ».

On est dans la mise en place d’une véritable « éducation linguistique » (…) qui va permettre d’aborder l’apprentissage d’autres langues étrangères à partir de précieuses compétences métalinguistiques progressivement construites.

Est il besoin de dire que ces activités sont ludiques pour les enfants ?

Mais, nous dira-t-on, n’y a-t-il pas des risques de confusion, de mélanges ? Bien sûr que des interférences existent et apparaissent, mais ces erreurs d’écriture sont normales, ordinaires, pas plus fréquentes d ‘ailleurs qu’en système monolingue,mais ce ne sont pas les mêmes ; (…) bien traitées, elles sont même infiniment utiles pour affiner la connaissance du fonctionnement de la langue; on est là dans la pédagogie ordinaire du traitement de l’erreur.

Je sais que c’est un peu long, mais je vous invite neanmoins a lire cet article tres interessant, bien qu’un peu obscur par moment je l’avoue ! On y trouve tout de meme de tres bonnes choses

Je reviendrai sur l’autre article de Jean Duverger, et je reviendrai surtout sur l’evolution d’Eliott au milieu  de ses petits copains « Montessoriens » anglais, en 2010/2011 !


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10 responses

23 05 2010
silo

léontine est en école bilingue depuis l’an dernier elle avait 5 ans en grande section: anglais le matin, français l’après-midi et donc cette année en cp elle a vraiment appris à lire en français (apprentissage commencé naturellement à la maison) et en anglais la seconde moitié de journée: tout se fait naturellement je crois, je n’ai pas noté chez elle de difficulté particulière, c’est un jeu pour elle.

23 05 2010
AnaPaula

Je pense que tu te pose beaucoup de questions Marie.
Quand je suis arrivée en France à 2 ans et demi j’ai appris deux langues en même temps, j’ai ensuite appris à les lire et à les écrire sans AUCUNE méthode particulière, et sans mélanger l’une avec l’autre. Le cerveau humain est très intelligent, il fait la différence tout seul !
Et je peux même t’informer que je faisais bien moins d’erreurs que mes petits camarades qui ne parlaient, écrivaient et lisaient qu’une seule langue.
Tu as envie de lui apprendre à lire, je suis tout à fait d’accord avec toi. Si Eliott aime cet apprentissage, il faut continuer. Le seul hic pour nous maman qui faisons « l’école » à la maison en parallèle avec l’autre , c’est à mon avis, les différentes méthodologies. Celles ci peuvent en effet perturber l’enfant habitué à faire les choses d’une certaine façon !
Mais là encore, je pense que l’enfant s’adapte BEAUCOUP mieux qu’on le pense.

23 05 2010
silo

je suis d’accord avec anapaula concernant les différences de méthodologie entre école et maison: j’ai toujours pratiqué la méthode syllabique à la maison. pour louis, l’école faisait semi-globale et à la maison en parallèle on a fait syllabique, à noël, il savait lire sans que ça l’ait embrouillé en fait.
idem pour les autres, clément a appris avec sa méthode à lui avant l’apprentissage scolaire sans qu’on le sache. pour les autres, ils ont toujours demandé bien avant que l’école ne s’en charge donc, là il n’y avait pas de mélange possible 😉

23 05 2010
kiki

Ma deuxième fille a eu un déclic sans que je fasse quoique ce soit quand elle avait pas encore 5 ans, un jour elle ma lu des syllabes au tableau écrit pas sa soeur qui jouait à la maîtresse, elle avait compris le truc et savait lire toute les syllabes simples et les mots comme tomate…Bref elle est devenu très demandeuse je me suis sentie un peu perdue est ce que je devais répondre à sa demande ou attendre le cp (j’avais peur de la perturber après avec la différence de méthode) j’ai demandé à ma belle mère qui m’a dit de répondre à sa demande dans la limite des sons simples, elle m’avait d’ailleurs donné du matériel montessori qui n’utilisait que ces sons.
Du coup elle a continuer à travailler ces sons en jouant et ça lui a suffit…en plus de s’amuser à lire ce qu’il y avait écrit un peu partout.
Elle est actuellement en cp et l’apprentissage de la lecture a été très aisé, elle lit parfaitement bien, très fluide et lit des bibilothèque rose!

En ce qui concerne le bilingue ben je ne sais pas trop, j’ai envie de te dire de faire comme tu le sens toi et de demander conseil à sa maîtresse, elle saura sûrement te conseiller.

Je vais encore râler un coup, mais concernant les enfants qui ont du mal à lire certes on peut accuser les méthodes mais je pense qu’on peut accuser les parents aussi, combien ne font pas faire la lecture à leurs enfants tous les soirs, pour en avoir discuté avec plusieurs maîtresses c’est affolant …et certains parents s’en fichent, ah ben non moi le soir je n’ai pas le temps de faire faire la lecture (qui dure allez même pas 10mn)…je l’ai entendu pour de vrai dans des réunions parents professeurs…et après ils se plaignent auprès des prof…je pense que l’accompagnement des parents est essentiel dans la réussite scolaire.

23 05 2010
mariemic

Oui, je sais que je me pose bp de questions AnaPaula… mais je n’y peux rien ca fait 30 ans que je suis comme ca, faut pas me demander d’arreter 🙂
Je sais aussi que je stresse assez facilement pour les enfants, stt par rapport a l’ecole mais la encore je sais d’ou ca vient donc je me soigne, et j’essaie de ne pas leur transmettre
Tant que j’en suis CONSCIENTE et que je travaille sur moi, ca va…

Et puis, je trouve ca bien de se poser des questions et de se remettre en cause a chaque nouvelle etape ! Je pars du principe qu’il faut reflechir a tout ce qu’on nous « impose », a commencer par l’ecole, et ca me plait de fonctionner comme ca !

Apres, je ne me pose pas de questions de methode a la maison, Eliott est tellement interesse que ca vient comme il le decide… Je ne lui fais pas de seance d’apprentissage !!

Mais on passe tellement de temps ensemble a lire et se raconter des histoires que, moi aussi, j’ai du mal a croire que des parents ne lisent jamais avec leurs enfants… Mais ils font quoi alors ? Ils regardent la tele ? 😉

23 05 2010
kiki

Oui entre autre, et joue à la ds…tu comprends c’est tellement plus simple que de leur lire des histoires et jouer avec eux…mais où est l’imaginaire là dedans et la relation avec son enfant???

24 05 2010
christéle

Je te lis déjà depuis quelques temps et plus encore depuis ton expatriation qui me fait rêver puisque petite j’ai beaucoup voyagé avec mes parents pour raison professionelle.Je regrette de ne pas pouvoir offrir cette vie à mes trois enfants(14,11,9 ans) faites d’ouverture d’esprit pour l’avenir .
C’est mon premier commentaire pourtant, mais comme je peux t’apporter mon expérience je me lance. En effet à l’age de 6 ans j’ai fait 3 mois de CP en Belgique où nous étions en déplacement (je suis française) et j’ai appris à lire avec une méthode syllabique mélangeant les sons aux gestes( je me souviens encore de certaines associations à bientot 41 ans).En décembre de cette même année mon pére est envoyé en Afrique du sud et là- bas j’ai poursuivi l’apprentissage de la lecture en anglais (que je ne parlais pas à mon arrivée) à l’école et ma mére a « poffiné » la lecture en francais à la maison. En trois mois je parlais trés bien anglais et je lisais dans les 2 langues .Donc on peut trés bien apprendre 2 langues et apprendre à les lire en meme temps.
Quand au fait d’apprendre à lire avant 6ans quand l’enfant est demandeur je pense que tout ce qui est appris n’est plus à apprendre . Mes 2 dreniers on appris à lire avec moi à leur rythme quand ils en avaient envie et cela leur a été bénéfique. Ils se sont sentis plus à l’aise et tout a été plus facile que pour ma premiére qui n’était pas trop intérressée et moi pas trop sure de pouvoir lui apprendre à lire à l’époque. Quand j’ai vu la méthode semie-globale employée j’ai bien regretté de ne pas avoir eu le courage de l’aider avant.Même si j’ai réagi rapidement pour l’aider efficacement je m’étais promise de faire différemment avec mes autres enfants.

24 05 2010
Bibi

Mon fils avait fait toute l’école maternelle en France quand nous sommes arrivés en Suisse allemande, où on entrait à l’école un an plus tard (à 7 ans). Il a appris à déchiffrer tout seul le français avec ses bases d’école maternelle en lisant des bandes dessinées.
Parallèlement il s’est mis au dialecte suisse allemand en fréquentant le jardin d’enfants, et un an plus tard à la lecture et à l’écriture du bon allemand sans aucune difficulté… Surtout pour un enfant qui n’a pas de blocages particuliers, ce n’est aucun problème de gérer deux langues. Bien plus, c’est un atout pour la vie.
J’ai vu beaucoup d’enfants parler une langue avec l’un des parents, et une deuxième avec l’autre, sans que cela ne les perturbe. Ils font même naturellement des traductions ! Avec le temps, une langue prend le dessus (normalement celle de l’école), mais si on arrive à bien garder la deuxième vivante, elle s’installe définitivement vers 9 ans. En tout cas, c’est mon expérience. Bon courage !

25 05 2010
anne

Pour avoir vécu en Italie avec plein de familles françaises autour de moi, je peux te dire que la double langue n’est ABSOLUMENT PAS un problème. Il y a un côté très naturel chez l’enfant à qui tu poses la question en français, et qui te répond dans son autre langue…
Le seul souci que j’ai pu voir chez les enfants d’expat, c’est le déchirement, l’arrachement à un pays qui représente l’enfance, le lieu de référence. Car forcément, un jour, l’expat s’en va, pour revenir en France ou aller ailleurs. Et là, c’est dur dur pour les petits, ou les plus grands. Un sujet à travailler, forcément. Dès l’enfance ? Grande question…

2 06 2010
Simplicity

Merci pour les conseils de bouquin! C’est pile poil ce qu’il me fallait. Ma fille de trois ans et demi me bassine depuis qu’elle sait parler pour que je lui lise tout ce qu’il y a autour d’elle! J’ai reçu « apprendre à lire à trois ans c’est tout naturel » ce matin et j’ai déjà lu un tiers! Ce soir je lui ai fait des petites fiches bristol avec les mots qu’elle aime. Je sens qu’elle va a-do-rer. Merci qui? Merci Marie! 🙂




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